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COMMENT FAIT-ON UN ANIME ? Partie I : Money Money Money

Bonjour à tous, on sort un nouvel article ! Aujourd'hui on va parler d'un sujet qui revient assez souvent sur Anime Gate, LES ANIMES (je suis toujours aussi nulle pour les introductions, l'important c'est que je fasse de mon mieux on va dire). Ça fait un petit bout de temps que je suis sur le sujet (20 ans d'existence), j'ai donc commencé à m'intéresser à l'envers du décor. Comment est-ce qu'on fait un anime ? Pourquoi une adaptation de ce manga au lieu d'un autre ? Une œuvre originale ? Comment les studios choisissent leurs prochaines histoires ? Comment est-ce que c'est financé ? Pourquoi  y a-t-il autant de moe (les lolis, les chatons, les lunettes, les maids...) et d'œuvres peu intéressantes de type harem/ecchi alors que Vanitas no Carte n’est toujours pas adapté en anime ? Vous n'avez pas honte ? (hop, petit coup de pression pour les studios japonais lorsqu'ils liront mon article).  

Et maintenant, on va répondre à tout ça ! Je vais vous expliquer avec tout mon savoir de reine des weebs comment tout cela fonctionne (de rien, c'est mon travail).


PARTIE I : Money money money


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Les animes, c’est une une énorme industrie. Le principe d’une industrie, c’est avant tout d'être rentable. On est pas là seulement par passion et amour de l’art, on veut surtout faire de la money money money. Comment faire ? Je vais vous dévoiler les secrets de l’animation japonaise... Ce sera la première partie de cette série d’articles ! La suite arrivera bientôt pour vous expliquer comment  les équipes sont mises en place, les différentes étapes de production et tout ce qu’il est important de savoir sur le sujet.


Quelles seront les prochaines adaptations ?




Je vais tout d’abord répondre à la question de “Quand est-ce que [insérer votre manga favori] sera adapté en anime ? Ils attendent quoi ?!”. Plusieurs paramètres rentrent en compte dans cette question, comme la volonté de l’éditeur, les ventes du produit, ou encore l’oeuvre originale. Il n’y a donc pas de réponse toute faite à donner, je vais donc essayer de vous donner les clefs pour réfléchir au pourquoi du comment.

Tout d’abord, il y a souvent deux possibilités pour adapter telle ou telle oeuvre en anime.

1. Un studio d’animation a aimé le manga/light novel/jeu vidéo et y voit du potentiel pour en faire une série. Il dépose donc une demande auprès des personnes qui détiennent la licence pour en faire un anime. Autant vous dire que pour les mangakas célèbres, il y a souvent foule pour adapter l’anime et il peut donc choisir parmi les propositions.

2. Les personnes qui détiennent la licence y voient du potentiel, et décident donc de commander un anime auprès des studios. Ces animes servent donc à booster les ventes de celui-ci.

 Pour choisir quel manga sera adapté, le mot d’ordre est la rentabilité. Il faut que ce soit rentable par la suite. Ainsi, si votre manga est inconnu et que personne ne l’aime, il y aura très peu de chances de le voir adapté en anime.

De plus, très peu de seinens et shoujos sont adaptés en anime. En effet, bien que le nombre de ses adaptations reste en augmentation à travers les années, peu de ces mangas sont par la suite adaptés en animes. La plupart des seinens adaptés en animes ont un petit côté shounen. Pour explication : les seinens s’adressent à des personnes plus âgées qui sont moins intéressées par les animes. Le genre ayant peu de public, il est donc rare de le voir s’adapter en anime. Pareil pour les shoujos, les animes des adaptations de shoujo font généralement peu de ventes, on leur préfère donc les shounens et les animes visant un public de niche. C’est-à-dire les otakus comme on se l’imagine qui achèteraient absolument tout les produits dérivés de leurs waifus, ce qui n’est pas vraiment le cas des fans de seinen qui peuvent très bien se contenter de seulement lire le manga, ou regarder les épisodes de leur anime, mais sûrement pas d'acheter une figurine ou des bluray.



Bride Stories a pourtant définitivement un énorme potentiel.


Beaucoup de studios attendent un peu pour voir où le manga ira pour ensuite décider d’en faire un anime ou pas. Il est très rare qu’un manga venant tout juste de sortir soit directement sujet à une adaptation en anime. C'est surtout le cas avec les mangakas très célèbres comme Masashi Kishimoto, le créateur de Naruto et Boruto.

La dernière réelle explication pour que votre manga préféré ne soit pas adapté en anime, c’est aussi que le style de l’auteur pourra difficilement se transposer en anime. Ce fût le cas de Yotsuba!, la célèbre comédie d’Azuma qui a refusé beaucoup d’offres de production d’animes parce que son style, avec très peu de dialogue et un fil conducteur discret serait difficile à réaliser.



Une planche du manga d'Azuma, Yotsuba!.


 Les bonnes questions à se poser pour savoir si son manga favori sera un jour adapté sont donc ; est-ce qu’il y a réellement un public qui attend cette adaptation ? Des gens seraient-ils prêt à mettre de l’argent dans les produits dérivés de cette adaptation ? Est-ce que mon manga préféré convient vraiment au support d’animation ?

Et de prier ensuite pour qu’un jour cela se fasse. Moi je prie tous les soirs pour une adaptation de Vanitas no Carte.

Vous l’aurez compris, la rentabilité est le maître mot de cette histoire ! Et c’est dommage, l’industrie japonaise de l’animation n’aime pas prendre de gros risques. Mais ne perdez pas espoir ! On peut néanmoins avoir de très bonnes surprises chaque année, des perles sortent, attendues depuis des années, qui deviennent des blockbusters, alors que les studios les avaient boudées pendant longtemps !


Qui domine le marché de l’animation japonaise ?


Selon vous, qu’elles ont été les leaders de l’animation japonaise ? Qu’est-ce que j’entends ? Shingeki no Kyojin ? Sword Art Online ? One Piece ?

Eh bien figurez-vous que vous êtes loin du compte ! Eh oui, le plus gros hit japonais, celui qui rapporte le plus, est un inconnu dans nos régions. si je vous dis Sazae-sanQui dans la salle connaît cet anime de plus de 7 000 épisodes ?



Plus de 7000 épisodes, oui oui.


Sazae-san est pourtant l’anime qui récupère 20% des parts d’audience quand il est diffusé au Japon. Suivi par Doraemon, Détective Conan, Pretty Cure… Des animes avec un nombre d’épisodes sans fin qui raflent les parts d’audiences aux autres animes...

 Tout est une question d’horaires. Ces animes sont diffusés le matin, le créneau gagnant est celui de 8 à 9h pour des raisons évidentes. C’est à ce moment-là qu’il y a un pic d’audience. Ces animes sont adressés à un public d’enfant qui seront friands par la suite de produits dérivés et des bluray. Cette grande demande aboutit à des séries de plusieurs centaines d'épisodes...

 Et oui ! Parce que ce sont les goodies et les bluray qui rendent l’anime rentable ! Bien que les animes pour enfants dominent le marché, certains blockbusters se défendent bien. C’est le cas de Sword Art Online et Shingeki no Kyojin, qui sont des jackpots pour leurs studios. Cependant, de tels revenus sont assez rare pour une licence, la plupart des animes mettront des années à devenir rentable...

 Pour la plupart, on ne saura même pas avant la vente des bluray s'ils seront ou non rentables. Les animes produits aujourd’hui sont des animes de niche, c’est-à-dire qu’ils visent un public très précis. Comme les fans hardcore, les fujoshi… Ce genre d’animes sont diffusés tard le soir et bénéficient donc de faibles taux d’audience. Leurs survies sont donc assurées par la vente de goodies et de bluray.

 Cela explique donc la vague d’animes moe ou harem qu’on voit passer chaque saison. Ces animes touchent directement un public de niche et qui n’a pas peur d’ouvrir le porte-monnaie pour soutenir sa waifu. De même pour les animes d’idol qui fleurissent de plus en plus en ce moment, son public est généralement très dépensié et vendrait son âme pour avoir sa figurine de son husbando.



Si vous êtes de ce public, dites-vous qu'au moins vous faites tourner l'économie japonaise.


Ce mode de consommation limite les risques pris par les studios et nuit donc à la diversité qu’on nous offre chaque saison. Des petits studios n’ont pas les moyens de se lancer dans du contenu 100% original sans savoir ce que ça va donner. Ils se positionnent alors sur des adaptations de light novels et de mangas bateaux qui permettent d’être sûr des résultats.

De plus, les “gros hits” sont donnés aux gros studios. À moins de trouver une perle rare qu’aucun gros rapace n’a aperçu, il est dur pour un petit studio de sortir du lot.



Quel est donc le coût d’un anime ?


Même si cela semble injuste, ce sont les réalités du marché. Les coûts de production pour un anime sont beaucoup plus élevés que ce que les gens imaginent. Il est assez dur de trouver des chiffres récents dessus, ce genre de choses se communique assez peu. D’après Masamune Sakaki, un directeur de CG connu pour avoir travaillé pour la franchise Vocaloid, une série banale de 13 épisodes coûterait 2 millions de dollars à produire. Ajouté à cela, il faut mettre en place toute la stratégie marketing pour le vendre, organiser les événements, faire les goodies et la publicités… Cela reviendrait de 1.2 millions à 1.6 millions de dollars d’après Shinji Takamatsu (Gintama, Grand Blue…).

Pour comprendre ces chiffres, il est important de comprendre tout ce que cela implique ; la production d’un seul épisode d’anime réuni un nombre très importants de personnes (si vous avez vu Shirobako, vous comprenez). Pour illustrer cet exemple, nous pouvons prendre l’anime Darker Than Black qui compte bien plus de 250 personnes qui ont travaillé sur le projet. Le nombre est tellement grand qu’il est difficile de compter précisément que ce soit les membres de la production, la musique, le doublage, et avec ça, un nombre important de personnes qui ont travaillé “pour dépanner” ou dans l’urgence et dont le nom ne sera pas cité dans le générique. Si on allonge tout cela aux équipes de promotion qui s’occuperont du marketing, il se peut même qu’on arrive à doubler ce chiffre. Et toutes ses personnes ont besoin d’être payées, la production de goodies aussi… Ce qui nous fait arriver à des séries à 2 millions de dollars pour 13 épisodes.

Pour donner des chiffres plus précis, ceux de My Hero Academia ont été dévoilés. Un épisode de 24 minutes (qui est la durée standard pour un épisode d’anime) de la série a coûté 108 480 dollars.



108 480 dollars très bien investis.


Multiplié par les 13 épisodes qui sont sortis, on arrive à un chiffre de 1.5 millions de dollars ! Si nous nous tenons a une moyenne de 100 000 dollars par épisode (cette moyenne peut varier énormément selon les studios et les équipes travaillant dessus donc cela ne restera qu’une estimation) et que nous multiplions par le nombre d’épisodes sortis en 2018 soit 45 séries pour 631 épisodes au total en hiver, 79 séries pour 1248 épisode au printemps, 49 séries pour 645 épisodes en été et 60 séries pour 847 épisodes. Cela nous donne un total de 233 séries sorties en 2018 pour 3 371 épisodes. Ce qui veut dire que bien plus de 337 millions de dollars ont été investi dans la production d’épisodes d’animes l’année derrière. Et ce chiffre est en constante augmentation !

 L’intérêt du monde pour les animes se développe de plus en plus, la Chine est devenu extrêmement friande de ces séries, rappelons la taille du marché chinois qui est un des pays les plus peuplé au monde et nous comprenons pourquoi cette nouvelle est une véritable aubaine pour le Japon. Son marché s’agrandit de plus en plus, et pas qu’en Chine ! L’intérêt en France pour les productions japonaise ne fait que croître depuis bien des années, l’intérêt pour les animes grandit de plus en plus et se popularise de jour en jour auprès du très grand public.

 En effet, l’industrie japonaise ne s’est jamais aussi bien portée qu’à l’heure d'aujourd’hui, elle tourne à plein régime, et cela n’est pas passé inaperçu auprès des grands de ce monde.



Les animes, une mine d’or ?


Et en écrivant cette partie, je vais viser un phénomène particulier, celui de Netflix. Vous connaissez tous Netflix, une plateforme de streaming partageant un nombre astronomique de contenu, allant de films à séries, de documentaires à télé-réalité et des dramas coréens jusqu’aux animes.

La célèbre plateforme de streaming dispose à ce jour d’un catalogue partageant un grand nombre d’animes, des titres souvent choisis pour leurs énormes succès dans le monde, mais aussi des plus petites licences pourtant cultes. Et depuis peu, des animes made in Netflix.




Tout comme Netflix fait ses propres séries, le géant a maintenant commencé à faire ses propres anime. La plateforme de streaming avait frappé un grand coup avec le magnifique Violet Evergarden en collaboration avec Kyoto Animation et continue peu à peu avec par exemple un remake de Saint Seiya prévu pour 2019, lui aussi made in Netflix.

Cet intérêt peut s’expliquer par l’engouement vers les animes, mais aussi pour le côté économique des animes. Si 100 000 dollars par épisode paraît immense pour un petit studio japonais, pour Netflix, ce budget est dérisoire... Rappelons ici que le budget de la plateforme pour ses séries était de 12 à 13 milliards de dollars en 2018, et que la série la plus chère de Netflix (The Crown) avait un budget de 130 millions de dollars par saison. Alors imaginez une série de quelques épisodes à un petit million de dollars et demi ? C’est rien. C’est extrêmement dérisoire, et ça rapporte... Il y a déjà un public amateur de ce genre, en collaborant avec un studio japonais et en y accordant un budget suffisant, il y a matière à faire des choses extrêmement correctes, voir même magnifique (comme Violet Evergarden).

Il y a plusieurs points de vue sur ce débat, cela peut sembler injuste à beaucoup de gens qu'une grosse entreprise comme Netflix s’approprie par appât du gain un trait de la culture japonaise. Cependant, nous pouvons aussi y voir une opportunité pour l’industrie de l’animation japonaise d’enfin évoluer après toutes ses années, et que des grands du monde avec d’énormes budgets comme Netflix pourront aussi aider à changer les choses et revoir entièrement la stratégie marketing de la japanimation. Et pour cause, le public serait international, nul besoin de toucher des niches comme les vieux fans à grosses lunettes rondes qui passent toutes leurs économies dans des figurines où ils manquent des sous-vêtements (ouf). L’évaluation des risques est moins grande que pour les petits studios qui craignent la faillite au moindre flop ! L’industrie de l’animation japonaise pourrait redorer son blason, prendre des risques, sortir de nouveaux blockbusters innovants et avec par derrière un budget conséquent pour faire de jolies choses.


Parce qu'aujourd’hui, le monde de l’animation japonaise n’est pas celui que l’on imagine. Il est dur, très dur. Mais, se sera pour un prochain article ! Celui-ci est déjà mastoc, je vous laisse le digérer et nous nous reverrons pour un nouvel article sur les conditions de travail dans le milieu de l'animation japonaise. Où on abordera les étapes de production d'un anime, les salaires, le stress mais aussi les solutions pour améliorer l'industrie de l'animation japonaise ! Stay tuned



Publié le par SHIHORY avatar
Commentaires
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Aurore
9 juin 2019 à 15:38


Bonjour! Est-ce que quelqu'un pourrait me donner le nom de l'animé en couverture? D'ailleurs vous auriez des animes dans le style de bakuman qui traite de la publication de mangas et de la création d'animés à me conseiller? Merci ;)
SHIHORY
9 juin 2019 à 16:53
Bonjour ! L'anime est Shirobako, que je conseille aussi en tant qu'anime style Bakuman! mais pour les anime.
Il y a aussi Gekkan Shoujo Nozaki-kun qui traite du sujet, ce n'est pas le thème principal de l'anime qui est une très bonne comédie mais un des personnages principaux étant un mangaka, on parle très souvent des étapes de création de manga et de la relation éditeur/mangaka dans certains épisodes. Cependant c'est vraiment pas le sujet principal de l'anime... (mais c'est une très bonne comédie, un de mes anime préférés !)
Malheureusement il n'y a pas beaucoup d'autres anime traitant de ces sujets. Je te conseille de te tourner peut-être plus vers les manga, il devrait y avoir plus de choix !

IzuruKomaeda
4 juin 2019 à 00:36


Merci pour l’article, il a dû prendre du temps à être écrit mais il vaut largement le coup d’œil, c’était très intéressant
SHIHORY
4 juin 2019 à 10:15
C'est très gentil, mercii !

NaoTni
31 mai 2019 à 23:52


Très bon article, tres intéressant a lire. J'attends le prochain *w*
SHIHORY
3 juin 2019 à 10:47
Merci beaucoup ! Il arrive très vite promis haha

The-Fury-CI
31 mai 2019 à 19:25


tout est dit, il faudra que je vois ce "shirobako" j'apprendrais surement quelque chose.
SHIHORY
3 juin 2019 à 10:49
Shirobako c'est l'histoire d'un groupe d'amies qui vont toutes travailler dans un domaine particulier de l'industrie (doublage/production/animation...). Ça montre très bien les différentes facettes et c'est assez reposant à voir, un bon moyen d'en apprendre plus sur les coulisses !

Striikeur
31 mai 2019 à 18:36


Super article, effectivement je pensais pas qu'une simple série d'anime couterait si cher, j'ai hate de lire le prochain article. Par contre je ne te permet pas de cracher sur les ecchis/harem, les moe et les animes d'idol (╯°□°)╯︵ ┻━┻, ce sont des cadeaux des dieux, il faut les bénir et les traiter avec amour ( ͡° ͜ʖ ͡°)
SHIHORY
3 juin 2019 à 10:53
Je sais très bien qu'ils ne sont pas tous dénué d'intérêts, mais je pointe le fait de faire reposer l'industrie principalement sur ça, c'est dommage :c
(paradoxe : j'adore les anime d'idol)

MrSeb40
31 mai 2019 à 17:15


Propre
SHIHORY
3 juin 2019 à 10:54
Merci !